Les Ateliers de la Danse depuis 2005

Ces rencontres prennent la forme d’ateliers de recherche afin de poursuivre l’expérience d’une réflexion théorique conjuguée à des pratiques de la danse. Il s’agit de saisir l’opportunité du rendez-vous que constitue le Festival de Danse au Palais des Festivals de Cannes, pour mettre en rapport des chercheurs et des doctorants en danse.

Coorganisation : Département des Arts - Section Danse | Laboratoire de recherche : RITM | Ecole doctorale LASH | UNSA - Université de Nice Sophia-Antipolis
Avec le soutien du Palais des Festivals et des Congrès de Cannes

L’Atelier de la danse n. 1 (Festival de Danse de Cannes 2005) fut consacré à la « Transdisciplinarité » à la fois dans la pratique des arts vivants et dans les approches théoriques qui les interrogent. Le succès de la participation et la qualité des échanges nous ont encouragé à poursuivre.

L’Atelier de la danse n. 2 a donc été organisé en collaboration avec le Monaco Dance Forum 2006 autour d’une première exploration du thème « Mémoires » : mémoire corporelle dans la transmission et les apprentissages ; mémoire, oubli et refoulement historiques : construction des archives écrites, visuelles et orales ; stratification des mémoires dans l’improvisation, dans la création et dans la réception ; mémoire et expérience : stratégies psychologiques et cognitives des subjectivités dansantes.

L’Atelier de la danse n. 3 (Festival de Danse de Cannes 2007) a approfondi quelques directions de recherche dégagées au cours de l’Atelier n. 2, en relation avec les projets des doctorants en danse du Labo RITM. Le fil conducteur thématique a été "La Trace" : marque laissée par la danse sur l’homme, son histoire, ses objets, mais aussi marque laissée par l’homme, son histoire, ses objets sur la danse. L’image de la trace permet d’aborder la question de la mémoire dans une articulation large entre passé, présent et futur et de figurer l’instabilité, l’insaisissabilité, la transformation continue des mémoires et du mouvement dansé.

Du côté de la réception.
Comment la chorégraphie contemporaine (ou un chorégraphe en tant que individu) parle de l’histoire, ou des faits historiques, ou de la mémoire collective. Comment témoigne-t-elle des microévénements humains ou historiques ? Pourquoi une chose reste tracée en nous spectateurs, et tout le reste est oublié ? Comment la danse se fait trace et garde des mémoires ?
Du côté de la création.
Comment travailler sur la transition épistémologique entre l’expérience artistique individuelle et une recherche académique qui doit être collectivement validée ? Comment revendiquer la place de sa propre pratique artistique et de la recherche en danse en tant que terrain anthropologique ? Quelles traces réciproques sont à chercher dans le processus d’incorporation, dans la mise en corps de la théorie (qui doit être objectivé) ?
Traces ethnographiques.
Comment chaque civilisation et/ou chaque époque conçoit la mémoire du corps dans la danse ? Comment s’organisent des formes différentes d’incorporation par rapport aux systèmes perceptifs, aux théories sur le corps, à la manière de les théoriser et conceptualiser, à la manière même de conceptualiser la mémoire ?
Traces écrites.
Quel est le statut épistemologique des traités de danse ? Est-ce qu’ils parlent vraiment de danse ? Comment les conditions matérielles et contextuelles de sa production façonnent les savoirs techniques qu’ils sont censés transmettre ? Où et comment se cachent les corps dansants, le style, les dynamiques dans les pages d’un traité ? Quelles traces plus ou moins visibles produisent-ils ?
 

Atelier de la danse N°4 Traces : (Dé)racines
27, 28 et 29 novembre 2009
Université de Nice Sophia-Antipolis (UNS) Département des Arts, Section Danse Laboratoire de Recherche RITM EA 3158 (Centre de Recherche pour l’Analyse et l’Interprétation des Textes en Musique et dans les Arts du Spectacle) Ecole doctorale Lettres Arts et Sciences Humaines Festival de danse de Cannes
Comité scientifique et organisation : Doctorants en danse à l’UNS : Claire Buisson, Ga-Young Lee, Karen Nioche, Camille Paillet, Mattia Scarpulla, Marie Tholon, Marian G. del Valle, Lieselotte Volckaert. Marina Nordera, professeur en danse et directrice du Laboratoire RITM à l’UNS (coordination).

La réflexion de cet atelier n°4 porte plus particulièrement sur les « Racines » et les « Déracinements » culturels et intimes de la Trace, sur l’ancrage permanent d’une création ou d’un rite dansé dans un entourage de relations humaines, et sur le changement perpétuel d’une vie dans ses mémoires.

(Dé)Racines : « entre enracinement et ouverture », des processus identitaires en danse.
Seront considérés les processus identitaires en danse. Interroger ces processus identitaires nécessite un détour réflexif sur l’altérité. Cette analyse est liée à différentes études croisant des approches anthropologiques et des approches d’étude en danse effectuées sur l’Ailleurs. Cet Ailleurs sera illustré par un terrain de recherche ouest africain : le Sénégal. Nous questionnerons les processus de construction/négociation de l’identité d’artiste, de musicien, de danseur, de chorégraphe face aux racines du griotisme. Par ailleurs, nous interrogerons la problématique du genre en nous demandant comment se construisent la féminité et la masculinité dans la danse.
Corps (in)-visible, trace (in)-visible.
La relation du danseur à son propre poids, la résistance ou l’abandon au mouvement, mais aussi la sensation et l’émotion éprouvées de l’instant de la danse s’inscrivent dans le corps, dans la peau, dans la chair. Quand on pose un pied sur le sable, on y inscrit la trace du corps. Pour percevoir cette trace, il faut que le corps se retire. La trace apparaît par disparition de ce qui l’imprime. Ce passage de la présence à l’absence engendre une trace. Si la danse était une trace, de quoi serait-elle la trace ? Si la danse imprimait une trace, quelle trace imprimerait-elle ?
Le corps du chercheur en question : comment tracer la danse ?
La recherche en danse inscrite dans une démarche ethnographique incite le chercheur à mettre en jeu son corps : pour l’étude de son objet, il s’engage dans la danse. Cette situation d’imprégnation lui fournit une place privilégiée pour le recueil des données : observateur participant, le chercheur tente de déraciner ses propres habitus pour tracer les mouvements qu’il ambitionne d’analyser dans leur contexte culturel ; ce corps dansant peut même se transformer en un lieu d’expérimentation, à la recherche des racines d’un geste dansé, dans toute sa dimension, historique, sociale, musicale, plastique... devenant ainsi un véritable outil dans lequel se joue la recherche de terrain. Comment aborder le corps du chercheur en tant qu’élément de l’enquête ? Quelle confiance engager dans les données recueillies par ce corps déraciné ? Comment traiter, et réinjecter celles-ci dans un nouveau contexte ? En reposant une question méthodologique fréquemment traitée par l’anthropologie, nous proposons de l’investir ici par les biais de la sociologie en danse et de la collecte-transmission de danses traditionnelles revitalisées.
Des Espaces et des Corps, présences intrasensorielles
Cette session interroge la corporéité, dans la singularité des pratiques performatives contemporaines. Partant d’un travail pratique sur la dimension sonore de la danse et les possibilités de construction d’une corporéité amplifiée, cette session souhaite interroger la réalité sensorielle du corps et les enjeux chorégraphiques et culturels inscrits dans ce “dé-racinement” des corps.
Corps anonymes
La session mettra en perspective la notion de trace autour de deux axes : 1. Dans leur processus de création, des chorégraphes réfléchissent autour des dynamiques corporelles qui reflètent des modèles et des représentations appartenant à une certaine situation sociale ou historique donnée ; mais les images de la chorégraphie aboutie figurent d’autres représentations culturelles, au-delà des contextes envisagés au départ. Le but sera d’enquêter l’écart existant entre les traces sociales étudiées et le déracinement produit sur scène par des images qui ouvrent sur d’autres univers et sur d’autres questionnements ; 2. On questionnera surtout des créations qui mettent en scène des corps anonymes, des entités qui se déracinent de leur représentation comme individus, qui se dépersonnalisent dans des figurations collectives, ou dans des images massifiées selon un angle ethnocentrique.
La nudité en danse : trace d’une naturalité ?
A travers l’observation d’exemples chorégraphiques qui mettent en scène le corps nu, nous consacrerons cette session à l’étude de la nudité en danse. Dans son acceptation commune et occidentale, la nudité se définit en tant qu’état naturel du corps par opposition au corps vêtu qui représenterait la trace de l’homme civilisé. Comment cette naturalité généralement associée au corps nu se transpose-t-elle dans les dispositifs chorégraphiques qui représentent la nudité ? Nous questionnerons la construction d’une danse nue et naturelle en analysant le rapport poreux qui s’instaure entre les racines discursives qui envisagent la nudité d’un point de vue hygiéniste, naturiste et/ou primitiviste et les moyens chorégraphiques mis en oeuvre pour transposer cette nudité, qu’elle soit l’objet d’une vision fantasmée usant de l’artificiel pour exposer du naturel ou bien celui d’une démarche scientifique visant l’organicité du mouvement comme l’origine du corps dansant.
Trace et (dé)racines dans la démarche post-chorégraphique
La session abordera, en partant de deux propositions concrètes, les principaux enjeux d’une approche "post-chorégraphique" de la danse. Ces propositions se situent à l’intérieur de trajectoires marquées par les "traces" d’expériences chorégraphiques antérieures. Ce sont des projets qui cherchent à "déraciner" la danse de ce qui l’immobilise, pour la mettre dans un état de recherche, en continuelle gestation. La danse dans la "démarche post-chorégraphique" se compose, s’écrit et se forme dans et avec l’instant. Elle surgit de l’interaction entre une structure, un langage inscrit dans le corps, et la complexité du présent ; de l’adaptation d’un matériau connu à un espace et situation nouveaux ; de la rencontre et du dialogue entre différentes présences. Il s’agit de la recherche d’une forme en processus, d’une composition souple, d’une écriture en mouvement.
(Dé)raciner la trace écrite : entre construction et représentation
La session se veut un lieu de réflexion sur les processus explorés et adaptés par les maîtres à danser en Europe à l’époque moderne qui se détachent de la tradition précédente pour la réinsérer et l’innover après. Comment les racines du savoir corporel sont-elles déterminantes pour le façonnement des « traces écrites » du mouvement de la danse, à la fois fragmentaires et construites ? Le recours à la culture textuelle - ancrage et insertion non arbitraire - dans un contexte de professionnalisation de la danse constitue-t-il un « déracinement » de la nouvelle pratique par rapport à des tendances trop conformisantes des professions en cours de (re)définition (p.ex. artisanat vs art, médecin vs charlatan, acteur vs farceur) ?
 

Atelier de la Danse N°5 Ecrire en corps : entre description et interprétation
25, 26 et 27 novembre 2011

Organisé par le Centre de recherche sur l’analyse et l’interprétation des textes en musique et dans les arts du spectacle (RITM EA 3158) et la Section danse du Département des Arts de l’Université de Nice Sophia-Antipolis.
Comité Scientifique et Organisation : Doctorants en danse à l’université Nice Sophia Antipolis (Adeline Garcia, Ga-Young Lee, Karen Nioche, Camille Paillet, Margarita Poulakou, Marian G. del Valle, Lieselotte Volckaert) et Docteur en danse du Laboratoire RITM Claire Buisson). Marina Nordera, Professeur en danse et Directrice du Laboratoire RITM (coordination)

Dans le cadre de la 5ème édition des Ateliers de la Danse, chercheurs, doctorants et artistes sont invités à réfléchir ensemble sur la question de la relation entre la danse et l’écriture en tant que problématique centrale et inévitable dans toute tentative de théorisation de la danse. Ce colloque vise à mettre en question les enjeux méthodologiques que soulèvent un rapport conflictuel entre danse et écriture en renouvelant les perspectives d’approches existantes sur le sujet et en favorisant le croisement entre les disciplines. Il s’agit d’explorer les usages de l’écriture, de la notation et de la description chorégraphique en amont, pendant et après l’événement (spectacle, processus, pratique sociale) de la danse et d’analyser les espaces qu’elles ouvrent (ou ferment) à l’interprétation. Il sera tenu compte de la manière d’envisager ou théoriser ces questionnements dans des époques, des espaces et des champs disciplinaires différents. Le sujet sera abordé par une approche multiforme et interactive en interrogeant l’écriture en tant que outil, dans ses usages, comme élément de (dé)construction des catégories et enfin dans ses intersection avec les pratiques de la danse. Les interventions seront organisées en quatre sessions thématiques.

« L’utopie de l’outil »
Ce temps de partage est consacré aux différentes tentatives de structuration des mouvements dansés par la mise en place de systèmes d’écriture.
Le dialogue entre des supports et outils méthodologiques variés (systèmes de notation du mouvement, grilles d’analyse chorégraphique, mises en récit kinesthésique, écritures filmiques, modélisations par les nouvelles technologies) permettra d’entrecroiser les questionnements sur les modalités et les limites de l’écriture en danse en tant qu’utopie de l’outil.

« D’écrire le vivant : entre sources et incorporation »
Les intervenants sont sollicités à interroger les manières de lire les descriptions de danse contenues dans des sources de natures différentes.
Il s’agit de soulever les enjeux méthodologiques et politiques dans le processus d’interprétation et de réécriture de ces sources et ceci au regard de l’historiographie des études en danse.
L’axe de recherche de ce groupe de travail se focalise aussi sur la spécificité d’une écriture sur/dans le vivant. Comment prendre en considération la dimension kinesthésique de la danse ?
L’écriture sera ici questionnée en tant que matière qui nécessite une relation d’empathie entre le sujet et l’objet.

« L’écriture comme processus de rechercher »
Quelle forme écrite serait la plus appropriée pour parler de démarches artistiques qui questionnent les formes et contextes de présentation de la danse soi disant « non marqués » ?
La nécessité de penser d’autres formes d’écritures de la danse sera abordée dans le cadre de cette session.
La spécificité des études en danse se pose d’emblée comme un objet problématique dans le partage entre savoirs scientifiques et artistiques.
Comment l’écriture propre à la réalisation d’un projet de recherche en danse peut-il devenir un territoire pour dépasser ce rapport hiérarchique entre chercheur et artiste ?

« Pouvoir décrire - Pouvoir d’écrire »
Si « qui possède l’écriture possède le pouvoir », il s’agit ici de penser la dimension politique de l’écriture et d’interroger les écrits sur la danse en tant que réservoirs de normes, de principes d’autorité, de hiérarchies et de systèmes de domination.
L’écriture est une action qui appose, inscrit, nomme, définit et construit des modèles et impose leur légitimité sur les savoirs dansés.

 

Atelier de la Danse N°6 Le(s) Temps de la Danse
22, 23 et 24 novembre 2013

Organisé par le Centre Transdisciplinaire d’Epistémologie de la Littérature et des Arts Vivants  (CTEL EA 6307) et la Section danse du Département des Arts de l’Université´ de Nice - Sophia Antipolis (UNS)

Les temps de la danse, chacun à leur manière, renvoient le chercheur à la question de la possibilité ou de l’impossibilité de l’écrire, de la mémoriser. Trois temps en particulier nous interpellent.

Agie, la danse « écrit » le temps, au même titre et cependant différemment de ce que fait la musique. Se faisant enchaînement d’événements, elle est chronoscopique : de manière vertigineuse, elle appelle le danseur à la vivre donc à la concevoir par et avec son corps, ce qui incite le spectateur à la percevoir, c’est-à-dire à la simuler et à la penser. Mais jamais elle n’échappe au temps, à son déroulement, et à son renouvellement.

Ecrite, la danse est quant à elle déterminée et pérennisée. Elle s’offre la durée au-delà du temps dansé. Qu’elle soit archivée, encodée ou simplement figée par un processus de création, cette danse écrite nécessairement limite la matière chorégraphique : elle opère des choix, donc renonce à une totalité. Il existe entre autres deux temps spécifiques de cette danse écrite : celui-ci consiste à composer (une écriture qui peut être d’encre, mais aussi d’images ou de gestes qui sont générés dans l’espace), celui-là à conserver (par exemple en encodant une pièce à l’aide d’une notation, ou en la filmant). Dans quelle mesure sont-elles seulement métaphoriques de l’écriture telle qu’on l’entend habituellement ?

Quoi qu’il en soit, la danse écrite implique un temps de lecture qui quant à lui offre de multiples potentiels, et qui à nouveau peut être chronoscopique. Le chercheur, lecteur professionnalisé de la danse, nécessairement s’extrait des deux précédents temps de la danse pour la lire, par exemple pour la contextualiser, la déchiffrer, la décoder, l’analyser, l’interpréter ou en dégager les enjeux. Activité réflexive, cheminement à rebours, la recherche en danse n’est pas sans offrir la possibilité d’une réactualisation de la pratique, pour que la boucle se boucle, et pour qu’à la danse soit donné le temps de sa propre éloquence.

Ces trois temps s’inscrivent-ils dans une simultanéité ou dans une succession ? Sont-ils diachroniques, synchroniques, anachroniques ? Se font-ils points repérables dans une linéarité, sont-ils des intervalles ou des durées ? De telles questions sont à l’origine du projet de l’Atelier de la danse n. 6. Chacune peut se décliner dans les différents temps de la danse qui ont retenu notre attention, et déboucher sur des réflexions quant au positionnement politique qu’implique, pour les acteurs de la danse, d’entrer dans tel temps plutôt que dans tel autre.
 

 

 

 

 

 

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